Nouveaux mots français (2017-2019)

D’où viennent les nouveaux mots de la langue française ?

« Disrupter », « babache », « teriyaki »… les nouvelles entrées des dictionnaires témoignent d’une langue très influencée par l’anglais californien, et aussi d’une grande inventivité.

Par William Audureau Publié le 22 mars 2019 à 17h13 – Mis à jour le 22 mars 2019 à 18h24

Trois cents millions de locuteurs à travers les cinq continents, cinquième idiome le plus parlé au monde, second le plus enseigné… la langue de Molière et d’Orelsan rayonne, s’est félicité le ministère de la culture en ouverture de la Semaine de la langue française et de la francophonie, qui se déroule du 18 au 24 mars.

Et pourtant, nombreux sont ceux qui s’affolent de son supposé affaiblissement. « Halte au globish ! », écrivaient une centaine d’écrivains, essayistes, artistes et journalistes dans une tribunepubliée par Le Monde le 26 janvier, face à la redoutable « shakespearisation » qui menacerait notre langue.

Certes, les anglicismes fleurissent dans le langage courant. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils font leur entrée dans les dictionnaires, qui agissent avec prudence, comme l’explique Carine Girac-Marinier, directrice éditoriale du Petit Larousse :

« Nous voulons être le témoin des évolutions de la société, mais pas intégrer un mot qui serait une mode, poussé par une actualité brûlante, et qui pourrait ne plus être utilisé dans quelques mois. On attend parfois deux ou trois ans pour être certains qu’ils soient toujours là et bien rentrés dans toutes les catégories de la langue française. »

Ainsi, des termes depuis longtemps usités dans certains milieux spécialisés (vidéoludiquerétrofuturismepostapocalyptiquedjihadisme…) ou militants (racisé-éeinvisibiliser) n’ont été lexicalisés que ces trois dernières années. Vous les retrouverez dans cet article en gras et en italique.

Nous avons analysé les mots ajoutés aux deux principaux dictionnaires, le Larousse et le Robert, dans leurs trois dernières éditions, soit 2017, 2018 et 2019. Il en ressort un corpus d’un total de 410 unités de lexique.

Que nous apprend ce corpus ? Qu’entre le replay télévisuel, le storytelling politique, la communauté queer ou encore l’univers des fanfictions, l’anglais est bel et bien, et de loin, la langue étrangère qui contribue le plus à l’enrichissement de notre vocabulaire. Mais, somme toute, la principale source d’évolution du français est… le français lui-même. Tour d’horizon.

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Plus de la moitié viennent des différents types de français

  • 36 % : des évolutions internes du français commun

Cela peut ainsi paraître contre-intuitif, mais oui, la langue de Maître Gims est très forte pour se renouveler de l’intérieur. Néologismes (antépisodegrossophobieécolabélisésouplexvapoteuse), mots composés (seul-en-scènepollueur-payeur), acronymes (REPZAD), ou encore antonomases (bisounours, fraises maraparkour) : son inventivité formelle est indéniable.

Mais les nouveaux mots venus du français passent davantage inaperçus, ceux-là ressemblant souvent à des mots déjà existants. Difficile par exemple de se figurer que covoiturer ou déradicaliser sont des ajouts lexicaux récents. D’autres mots entrent seulement dans le dictionnaire alors qu’ils sont employés depuis longtemps dans certains milieux (vidéoludiquerétrofuturismedjihadisme…) ou militants (racisé-éeinvisibiliser).

Par ailleurs, certains nouveaux termes ne le sont qu’en partie : c’est leur sens qui a changé. Ce phénomène, dit de « néosémie » en linguistique, a ainsi vu maraudeur définir un bénévole travaillant dans la rue, rageux une personne agressive sur Internet, et toxiqueun comportement destructeur. Ils sont compatibilisés par les dictionnaires comme de nouveaux mots : ils témoignent eux aussi de l’évolution de la langue.

  • 5,8 % : des emprunts aux régions

Autre vivier : le « terroir ». Travers d’un pays à la longue tradition jacobine, il est de coutume de réduire le français et son évolution à ceux du français parisien. Or la langue palpite aussi dans les régions, à l’image des charmants babachebiloute, ou encore poutouner, qui ont enrichi le lexique national.

Les régions ont récemment apporté aux dictionnaires tout un vocabulaire affectueux, à l’image du schmutz, un bisou alsacien ; poutouner, faire des bises dans le Poitou ; ou la miaille du Lyonnais, un bécot particulièrement bruyant. « Ce sont souvent des mots de dialectes qui sont d’abord passés dans le français régional avant de se diffuser », retrace le linguiste et étymologue Alain Rey, interrogé par Le Monde.

Le vocabulaire français de la gastronomie est lui aussi très redevable des spécialités locales. Ainsi du boucané de La Réunion et des Antilles, le mannele d’Alsace, la noisettine du Médoc (un pain à la noisette), le socca niçois ou encore la gâche bretonne (qui, comme le mont Saint-Michel, est également revendiquée par la Normandie). Au pays de Rabelais, le gosier nourrit souvent la langue.

  • 14,6 % : des apports des pays francophones

C’est une bonne semaine pour le rappeler : le français ne vient pas que de France. Belgique, Suisse, Maroc, Cameroun, Sénégal… Toute la francophonie participe à l’évolution du vocabulaire, même si certains termes peuvent sembler totalement inconnus, voire incongrus à l’oreille d’un métropolitain.

Et sans surprise, c’est le français du Québec qui est la principale source de renouvellement du lexique, avec de nombreux néologismes liés aux technologies (baladodiffusiontéléverser), à l’environnement (carbocentreéconeutre), aux transports (l’emportiérage, tant redouté des cyclistes) ou encore des emprunts à la gastronomie (les appétissants pets-de-sœursortes de pains au raisin mais à l’érable).

On doit au français de Belgique le très chic zytologue (pour un expert en bières), le dégagisme politique (lui-même emprunté à la Tunisie), ainsi que le très utile goûter de dix-heures. Côté Suisse, signalons les biscômes, pains d’épices décorés, et la cramine, ce froid tellement violent qu’il brûle la peau.

En Afrique francophone, le Maghreb a apporté deux néologismes créatifs, les facanciers (pour les émigrés marocains revenant passer leurs vacances au pays) et youyouter (crier « youhou »), et amené aux dictionnaires deux mots d’étymologie arabe, la fatiha(fiançailles musulmanes) et la fouta (carré de tissu d’origine berbère porté par les femmes à la taille).

Le Larousse et le Robert sont un peu moins précis quant à l’origine des termes venus d’Afrique de l’Ouest et du Centre. « On a parfois du mal à savoir dans quel pays le mot est apparu pour la première fois, et on préfère alors préciser la région », admet Carine Girac-Marinier. Ils attribuent néanmoins au Cameroun et à la Côte d’Ivoire faroter(soudoyer) et yoyette (jeune fille à la mode).

Près de 4 mots sont 10 sont empruntés aux langues étrangères

Viennent enfin les emprunts aux autres langues. C’est un fait, le français est « cleptolexe », il aime chaparder du lexique dans les dictionnaires de ses voisins – plus de 160, en trois ans. Pour ce faire, il peut procéder de trois façons.

La première est l’emprunt classique, à l’identique (comme futsal, création du portugais du Brésil, ou hoverboard, de l’anglais). La deuxième est l’adaptation, ou la francisation, qui donne un air plus local (la graphie youtubeur, ou la formation du verbe troller, respectivement à la place de youtuber et to troll).

Enfin, la dernière est la plus subtile : c’est le calque, qui reconstruit à l’identique une idée venue d’ailleurs en la traduisant (comme post-vérité pour post-truth ou licorne pour unicorn, en économie). Certains termes d’apparence franchouillarde viennent ainsi d’ailleurs (comme superaliments, calque de l’anglais superfood, ou intersexe, francisation de l’allemand intersex). Pour mesurer l’influence des langues étrangères, il faut considérer les trois.

  • 16,6 % de mots venus de l’anglais

La langue de Shakespeare est ultradominante. Ce n’est pas une nouveauté de cette dernière décennie. Ce qui l’est, c’est la répartition géographique des termes empruntés. « Ils sont à 80 % nord-américains et à 50 % californiens : tout le vocabulaire des jeunes, du hip-hop, de l’informatique, vient de là », relève Alain Rey.

Dans le détail, l’anglais est effectivement omniprésent dans l’informatique (blockchainhackathonopen source, mais aussi les francisations cybersécuritédéfaçagewebinaire ou les calques mégadonnées et rançongiciel). Il l’est aussi dans les communications sur Internet (chatbotémoticôneGIFlikeretweeter, etc.), les questions de société (flexitarienpost-véritéqueer…), les loisirs (e-sport, gameursmusicalspoilerreplay…) ou encore l’économie (disruptionfablabstartuper…).

Pour autant, la supposée invasion du français par l’anglais est exagérée, nuance Carine Girac-Marinier.

« On est sur une tendance stable. C’est vrai qu’un certain nombre d’anglicismes sont poussés par les nouvelles technologies, mais il y a une vivacité de la langue française qui les remplace peu à peu, et des anglicismes d’il y a trente ans ont disparu des dictionnaires. »

A l’image de computer, remplacé par ordinateur, ou les serials, par les séries.

Par ailleurs, en raison de leur longue histoire partagée, l’opposition entre l’anglais et le français est parfois artificielle. L’anglicisme couponing vient à l’origine du mot français coupon, alors que le verbe français geeker, formé sur l’anglais geek, n’a en réalité aucun équivalent outre-Manche, où le verbe to geek n’existe pas. « C’est ça qui est extraordinaire dans la créativité de la langue », s’enthousiasme Carine Girac-Marinier.

« Même si on fait un emprunt, derrière on va l’utiliser dans un contexte qui n’aura pas d’équivalent dans la langue source. il y a un va-et-vient entre les langues. »

  • 22 % : des emprunts à 16 langues différentes

Loin derrière l’anglais, le japonais et l’italien sont les deux langues auxquelles le français des dictionnaires a le plus emprunté depuis 2017. Du premier, un goût certain pour les saveurs nippones (gomasiogyozateppanyakiteriyakiyuzu), mais aussi les arts traditionnels (kamishibaïkirigami), et une certaine culture visuelle (émojikawaï) – ou encore le tonfa des policiers. Du second, une avalanche gastronomique qui témoigne de l’incroyable italophilie des palais français : spritz en apéro, une farandole de burrattaciabattafocaccia en buffet, et un ristretto servi par un barista en digestif.

Les emprunts à l’arabe sont très peu nombreux au regard de sa pénétration dans le parler populaire, à l’image de l’interjection sheh ! (« bien fait ! »). « On s’est posé la question pour “sheh”, il n’est pas encore entré, cela ne veut pas dire qu’il ne rentrera pas », tempère Carine Girac-Marinier.

« Nous avons deux critères, quantitatif (son occurrence), et qualitatif, qu’il traverse toutes les catégories de la population et tous les âges. Il est plutôt utilisé par les jeunes, les ados, et pas encore chez les quarantenaires et au-delà. »

Les autres langues sources ne fournissent que très peu de mots au français. Ces derniers proviennent surtout de l’univers de la nourriture : ainsi du chia (issu de l’aztèque) et du fonio (wolof), ou des thés rooibos (afrikaans) ou oolong (mandarin). S’y ajoutent des fruits exotiques, comme le combava (malais), la main de Bouddha(calque du tibétain) ou encore l’acérola (espagnol péruvien).

5 % de composés savants et créations supraétatiques

Last but not least, les inclassables. On chercherait en vain à définir leur origine : ils ne viennent pas d’un pays en particulier, mais de la communauté scientifique ou d’organisations supraétatiques. Les termes écosystémiqueeurométropole et myéloprolifératif ont ainsi été formés et introduits par l’Organisation des Nations unies (ONU), la Commission européenne ou encore l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les composés savants conçus par la communauté scientifique donnent quelques-unes des créations les plus surprenantes. A l’image de nihonium, élément chimique formé à partir d’un mot japonais (nihon, signifiant Japon) et un suffixe… latin. Preuve, s’il en est, que le français fait feu de tout bois pour s’enrichir.

Pour le tableau qui recense 410 mots parmi les nouveaux apparus dans le dictionnaire entre 2017 et 2019: Origine_nouveau_mots_article_LeMonde

Source: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/03/22/d-ou-viennent-les-nouveaux-mots-de-la-langue-francaise_5439961_4355770.html

Karambolage sur Arte ou une conversation franco-allemande

« Karambolage », l’émission qui se joue des clichés entre la France et l’Allemagne

Diffusé sur Arte depuis quinze ans, « Karambolage » décortique les particularités culturelles françaises et allemandes avec drôlerie. Le programme fêtait sa 500e le 10 février.

Par Cécile Boutelet Publié le 11 février 2019 à 11h50

La récente polémique française autour du traité d’Aix-la-Chapelle a montré qu’en matière franco-allemande les poncifs ont la vie dure. La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, et le député Nicolas Dupont-Aignan ont soutenu dur comme fer que ce traité, signé le 22 janvier par le président Macron et la chancelière Merkel dans le dessein de renforcer les relations entre l’Allemagne et la France, envisageait entre autres… de vendre l’Alsace et la Lorraine à Berlin. Outre-Rhin, le très sérieux quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a pris la chose avec humour. A la « une », il a publié une grande photo de casque à pointe jaune doré, en commentant : « Il n’y a apparemment plus rien qui soit assez absurde pour que personne n’y croie. »

Jouer la carte de l’humour contre les clichés les plus éculés, c’est aussi le mot d’ordre de l’émission d’Arte « Karambolage », qui fêtait, le 10 février, sa 500e. Depuis quinze ans, chaque dimanche soir à 20 heures, elle décortique les particularités culturelles françaises et allemandes qui en disent tant sur les représentations collectives. Ses onze minutes sont devenues cultes, en particulier depuis que les réseaux sociaux ont consacré les formats vidéo courts. « Karambolage » rassemble chaque dimanche un million de spectateurs des deux côtés du Rhin.

Du détail à l’universel

La productrice et réalisatrice Claire Doutriaux a eu l’idée de l’émission à son retour en France, après quinze ans passés en Allemagne. « Il me semblait que les Français avaient une vision de l’Allemagne qui ne correspondait pas à ce que j’avais vécu. Il y a aussi des clichés côté allemand. Et j’avais besoin de parler de ces questionnements culturels qui nous obsèdent quand on vit entre deuxpays », raconte-t-elle dans un restaurant de Berlin, attablée devant une roulade de cerf, un plat typique de la région, mais sans doute inspiré par les huguenots français immigrés en Prusse au XVIIe siècle. A Paris, son équipe de « Karambolage » rassemble d’authentiques Franco-Allemands, qui travaillent selon le mot d’ordre suivant : « Partir du détail pour ouvrir vers l’universel. »

Chaque sujet a pour point de départ un étonnement vécu qui débouche sur un questionnement entre les deux cultures. Il peut s’agir d’un mot, d’un souvenir, d’un rite ou d’un objet du quotidien. Ainsi la colonne Morris, emblématique de Paris, qui fut en réalité inventée à Berlin. Ou la révélation progressive du visage de François Mitterrand à la télévision – un procédé inédit – le soir de sa victoire en 1981. Ou encore la controverse française pain au chocolat/chocolatine. La forme est une des caractéristiques les plus fortes de l’émission : le propos est porté par un graphisme impertinent, sur lequel travaillent en permanence trente personnes des deux côtés du Rhin.

« On prend le parti du second degré, de l’autodérision, mais en donnant les clés de compréhension à tous. C’est cela qui crée une vraie communauté de regard entre Français et Allemands. » Claire Doutriaux, productrice et réalisatrice de « Karambolage »

Parfois, l’émission s’aventure jusque dans l’intimité des rapports franco-allemands. Dans une émission sur la Saint-Valentin, Claire Doutriaux livre ainsi quelques indiscrétions sur sa jeunesse dans l’Allemagne de l’Ouest des années 1970, alors en pleine libération sexuelle. Et s’interroge : comment parle-t-on de sexe dans les deux langues ? Pourquoi les Français ont-ils tant d’expressions pour dire « faire l’amour » ? Au fil des années, l’attente sur ce sujet est devenue forte. Au courrier des lecteurs de l’émission, de nombreux couples franco-allemands, politiques ou non, cherchent à comprendre pourquoi la fougue des
premiers temps a laissé place aux incompréhensions…

Car, entre Français et Allemands, comment rester léger et profond malgré le passé et les comparaisons incessantes entre deux modèles qui tendent indéfiniment à vouloir désigner un gagnant et un perdant ? Après quinze ans de « Karambolage », le retour d’expérience peut être médité : « On prend le parti du second degré, de l’autodérision, mais en donnant les clés de compréhension à tous. C’est cela qui crée une vraie communauté de regard entre Français et Allemands. »

En dépit de la récente polémique, Claire Doutriaux ne croit pas à un déclin des échanges. « En France, on s’intéresse beaucoup plus à l’Allemagne qu’aux débuts de “Karambolage”. Il y a l’effet Merkel, qui a changé l’image du pays, et Berlin, qui est devenue une référence culturelle. Pour une certaine génération de jeunes, les voyages et les week-ends dans les pays voisins sont banals. Et, parmi eux, l’Allemagne est devenue une destination évidente. »

Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)

Source: https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/02/11/karambolage-l-emission-qui-se-joue-des-cliches-entre-la-france-et-l-allemagne_5422017_4500055.html

55 nations autochtones au Canada = Premières Nations

Autochtones et histoire coloniale, comment composer avec l’héritage du passé ?Un débat du Monde Festival Montréal

LE MONDE | 

DÉCRYPTAGE

La France comme le Québec possèdent un passé douloureux d’anciens colonisateurs. La décolonisation française, qui s’opère à partir de 1945, laisse encore des traces. De son côté, le Québec doit composer avec un passé autochtone, et décider comment celui-ci doit être reconnu dans le discours national.

Faut-il revoir l’enseignement de l’histoire pour y inclure davantage le passé colonial et la réalité autochtone ? Devrions-nous reconnaître des droits accrus aux communautés, voire reconnaître des territoires, comme cela fut le cas avec Montréal ? Déboulonner des personnages historiques qui ont un passé douteux ?

Ces questions ont été débattues avec la romancière Alice Zeniter, Prix Goncourt des lycéens 2017, pour L’Art de perdre, l’historien et président du Conseil d’orientation de la cité nationale de l’histoire de l’immigration, Benjamin Stora, l’activiste autochtone Michèle Audette, le chirurgien autochtone Stanley Vollant. Un débat organisé dans le cadre du Monde Festival Montréal le 26 octobre 2018. Animé par Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir.

POUR ALLER PLUS LOIN

https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-autochtone/premieres-nations/Pages/introduction.aspx

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-659-x/89-659-x2018001-fra.htm

https://www.canada.ca/fr/services/culture/histoire-patrimoine/histoire-autochtone.html

Sexe, race et colonies: Matrice de domination (Colonial Framework)

L’ouvrage “Sexe, race & colonies” d’un collectif d’historiens sur l’imagerie du corps sous domination coloniale, fait à la fois référence et débat en France. L’historien Pascal Blanchard est l’invité de France 24.

Le livre en impose par son ambition historiographique, par le nombre de photographies réunies, par l’ampleur du sujet – des siècles et des continents parcourus. “Sexe, race & colonies, la domination des corps du XVe siècle à nos jours” (éditions La Découverte) jette un regard historique et transnational sur l’accaparement des individus jusque dans leur intimité, au nom de la domination occidentale.

Plus d’un millier de peintures et de photographies permettent de prendre la mesure du corps-à-corps entre colons et colonisés, perçus comme étant à disposition, sexualisables à l’envi. Le travail d’un collectif de 97 historiens sous la direction de Pascal Blanchard, spécialiste du fait colonial et de son imaginaire au Laboratoire communication et politique du CNRS, scrute tout le panel de cette imagerie, tour à tour fantasmagorique et tristement réelle, de la représentation érotisée des “sauvages” dès le XVe siècle jusqu’à des cartes postales dégradantes envoyés en Europe par les colons établis dans les pays du Sud aux XIXe et XXe siècles. Le phénomène ne se résume pas aux colonies françaises en Afrique, l’Empire japonais et l’Amérique ségrégationniste ont connu les mêmes logiques d’assujettissement sexuel des corps.

Cet ouvrage donne à voir combien “l’Occident s’est arrogé un droit sur l’autre. La domination des terres s’est accompagnée d’une domination des corps. C’était un safari incroyable. L’homme blanc se sentait intouchable”, explique Pascal Blanchard sur France 24. “Dès le XVe siècle, la peinture raconte l’histoire d’un paradis perdu. Ces corps nouveaux fascinent, alors même que les Occidentaux cachent le leur. Mépris et attirance se sont entrecroisés. Ce qui était un paradis pour les uns était l’enfer des autres”, juge l’historien.

Durant quatre années, le collectif a fouillé quelque 450 fonds privés et publics dans le monde, en Europe, aux États-Unis, en Asie, et s’est heurté à des obstacles. “Les musées ont refusé de nous céder les droits pour les œuvres de Gauguin qui posent énormément problème. Les héritiers de Hergé ont également mis leur veto pour utiliser des dessins de ‘Tintin au Congo’. Sans compter les marques qui ont refusé que leurs publicités interraciales soient dans le livre”, relate Pascal Blanchard, convaincu que le sujet dérange encore.

“Prendre les images au sérieux”

Peut-on décoloniser les images sans montrer les images ? L’ouvrage s’est attiré des critiques. Le collectif Cases rebelles ironise sur l’intention de ces “bonnes âmes” qui, “sous prétexte de dénoncer ou d’analyser”, ne fait que “reconduire la violence en diffusant massivement des images de femmes non-blanches humiliées, agressées, dont certaines sont encore des enfants sur les clichés en question. Comme si la reproduction de ces images avait cessé d’être profondément attentatoire à leur dignité, comme si elles n’affectaient plus leurs descendant.e.s et tout.e.s les héritier.e.s – côté victimes – de cette violence coloniale.”

Parmi les historiens qui ont participé à l’ouvrage, Christelle Taraud, spécialiste de l’histoire des femmes, du genre et des sexualités en contexte colonial, particulièrement dans les pays du Maghreb, s’explique : “Il y a assez peu d’ouvrages qui prennent au sérieux les images”, affirme-t-elle lors des Rendez-vous de l’histoire organisés à Blois, le 13 octobre 2018. “Pour parler de domination coloniale, il fallait donc nous emparer de ce matériel image qui a toujours posé beaucoup de problèmes aux historiens, ou a été traité de façon illustrative, poursuit l’historienne. On voulait replacer ces images au cœur de notre propos. A partir du XIXe siècle et l’invention de la photographie, l’essentiel de la domination symbolique est passé par la domination visuelle. Et nous sommes persuadés que les stéréotypes d’hier affectent très lourdement nos sociétés contemporaines.”

Le succès du tourisme sexuel dans les pays anciennement colonisés, le fantasme de la “beurette” supposément sensuelle, sont autant d’héritages non assumés de cette imagerie dominatrice, estime le collectif d’historiens, qui se défend d’avoir versé dans le sensationnalisme. “Les images ont une puissance, elles sont perturbantes, bouleversantes, admet Nicolas Bancel, invité de la table ronde consacrée à l’ouvrage aux Rendez-vous de l’histoire. Elles font résonner en nous des zones obscures de l’inconscient. Nous avons travaillé à ce que ce livre fasse réfléchir, qu’il permette la distance. On a particulièrement réfléchi à l’intertextualité, le rapport entre le texte et l’image.”

Vertige et violence de la reproduction

Précisément, cette intertextualité est l’objet de critiques. L’habillage de l’ouvrage, la typographie du mot “sexe” qui s’étale en couverture, la reproduction en grand format et sur papier glacé des photographies de personnes nues et maltraitées, la prégnance des images au détriment du texte, participent au rejet du livre.

Ce format de publication ne se soucie pas “de la matérialité de l’objet d’histoire que l’on fabrique” et vient “contredire le projet des auteurs”, écrit Philippe Artières dans Libération. Les photographies sont “crues, pornographiques et violentes”, atteste la militante féministe Mélusine, qui plaide pour le “respect” envers “toutes leurs lectrices d’aujourd’hui, en particulier pour celles qui reconnaissent ces corps au leur si semblables et qui continuent de souffrir des conséquences sociales, morales et physiques de cet imaginaire sexuel raciste, qui n’a pas cessé d’exciter l’œil des spectateurs”. “On vomit parce qu’on a cru ouvrir un livre d’histoire, et qu’on se retrouve en train de feuilleter un gros beau livre porno, écrit Daniel Schneidermann. Vous savez, les beaux livres, sur les tracteurs, les peintres du Quattrocento ou les pipes en écume ? Cette fois, c’est un beau livre de viols coloniaux.” Florent Georgesco dans Le Monde admet également que “l’ensemble souffre au bout du compte de définir le sexe colonial de manière si large, sans les nuances qu’une pensée critique plus solide aurait permises, qu’il devient une réalité vague, propre à accueillir tous les sentiments. Même la fascination.”

“On ne les appelle pas des photos érotiques”, se défend Pascal Blanchard sur France 24. “On les appelle des images de la domination coloniale. Vous avez vu un homme qui presse le sein d’une femme ? C’est un safari sexuel. Et on n’a pas tout montré, les images de pédophilie n’ont pas été publiées. Si on veut comprendre comment à l’époque, à travers ces photographies, on a légitimé le droit de posséder le corps de l’autre, il faut montrer ces images.”

Nicolas Bancel dresse un parallèle avec la réception de l’ouvrage américain “Without Sanctuary” (éditions Twin Palms Publishers, 2000), qui rend compte d’une abondante iconographie du lynchage aux États-Unis. Sur les cartes postales et sur les photographies amateur, la présence des enfants blancs dans le public, tout comme l’esthétisme des clichés, dérangent fortement. “Les premières réactions à ce livre et à ces images ont été extrêmement violentes parmi les Noirs américains, jusqu’à ce qu’ils s’en emparent”, relate l’historien. De la même façon, le temps permettra aux images coloniales d’être “digérées, comprises, dépassées”, estime Christelle Taraud.

Quid du droit à l’image

Faut-il se désoler de l’impréparation d’une société à affronter la force dérangeante de ces images, ou alors faire une place à l’émotion que suscite cet ouvrage ? La distanciation voulue par les auteurs du livre a-t-elle pris en compte, dans son champ de vision, la présence des descendants des colonisés qui vivent cette publication comme une nouvelle violence ?

“Ces victimes sur les photographies publiées sont nôtres, elles sont de chez nous, de nos terres, de nos familles, affirme le collectif Cases rebelles. Nous ne sommes pas éloigné.e.s, pas détaché.e.s de ces corps. Aujourd’hui encore, nous portons au quotidien le poids de ces hypersexualisations violentes, de ces hyperaccessibilités au corps colonisé”, rappelle le collectif qui pose la question du droit à l’image : “À la question de savoir si ces photos doivent être montrées dans l’absolu, nous répondons clairement : ne serait-ce pas d’abord aux personnes figurant sur les photos de répondre ? Les femmes, les enfants humilié.e.s, exhibé.e.s sur ces photos, ou leurs ayants droit, ont-ils donné leur autorisation ? Est-ce que quelqu’un connaît même leurs noms ?”

Sans répondre à ces critiques – Pascal Blanchard n’a pas affronté de contradiction en public lors des Rendez-vous de l’histoire à Blois, ni honoré l’invitation de l’émission “Arrêt sur images” de débattre à plusieurs –, l’historien conclut sur France 24 : “Nous sommes en train de découvrir l’histoire de la domination masculine. C’est une longue histoire, qui n’est pas née avec #MeToo, et ne s’arrêtera pas dans les quelques mois qui viennent. C’est très complexe d’aborder l’histoire de la domination masculine parce que par définition ça nous fait peur, parce que ça bouleverse tous nos repères.”

Le malaise face aux images serait donc le miroir d’un désarroi. Ou peut-être le signe que la distance et le respect n’ont pas encore trouvé leur place dans cette longue histoire du rapport au corps.

Envie d’Indépendance – Nouvelle-Calédonie (2018)

En Nouvelle-Calédonie, le succès étriqué du « non » rebat les cartes

Le premier ministre, Edouard Philippe, arrivé lundi à Nouméa, a engagé une série de consultations avec les différents partis.

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Patrick Roger (Nouméa, envoyé spécial)

Au lendemain du référendum sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, dimanche 4 novembre, qui a vu le « non » l’emporter largement avec 56,7 % des suffrages exprimés, ce que tous les acteurs politiques et institutionnels retiennent en premier lieu, c’est la forte mobilisation du corps électoral. Sur les 174 999 électeurs inscrits, 141 099 ont pris part au vote, soit une participation exceptionnellement élevée de 80,62 %. Celle-ci avait été de 74,2 % lors de la consultation sur l’accord de Nouméa de 1998.

Macron : « se tourner vers l’avenir »

Reste maintenant à savoir quels enseignements indépendantistes et non-indépendantistes, ainsi que l’Etat, tireront de ce scrutin. Arrivé lundi matin à Nouméa, le premier ministre Edouard Philippe a salué la participation « absolument considérable » et le climat dans le quel s’est tenu le scrutin. « C’est l’aboutissement de quelque chose d’assez extraordinaire qui s’est passé pendant trente ans, et il faut en être fier », a-t-il encore dit à une cinquantaine de jeunes étudiants venus le rencontrer.

Le chef du gouvernement a immédiatement engagé une série de consultations avec les responsables des principales forces politiques, indépendantistes et non indépendantistes. A l’issue, il s’est félicité de ce que toutes les formations politiques reconnaissent la légitimité du scrutin et souhaitent poursuivre le dialogue. « Je proposerai à tous les membres du comité des signataires de se retrouver en décembre à Paris », a-t-il annoncé. « Au-delà des questions institutionnelles, tous ont souligné les enjeux économiques et sociaux pour la Nouvelle-Calédonie. Il faudra donc que nous trouvions le temps et la méthode pour échanger sur ces enjeux de société », a-t-il ajouté

La veille, dans une intervention télévisée diffusée dimanche à 13 heures en métropole (23 heures en Nouvelle-Calédonie), Emmanuel Macron avait salué le résultat du référendum comme « une marque de confiance en la République »et exprimé sa « fierté que la majorité des Calédoniens aient choisi la France ». « Le seul vainqueur, c’est le processus en faveur de la paix qui porte la Nouvelle-Calédonie depuis trente ans, c’est l’esprit de dialogue », a ajouté le président de la République, qui a invité « chacun à se tourner vers l’avenir »« Il n’y a pas d’autre chemin que celui du dialogue », a-t-il encore plaidé.

Emmanuel Macron s’est toutefois bien gardé d’évoquer la perspective d’un deuxième, voire d’un troisième référendum comme le prévoit l’accord de Nouméa si le « oui » n’était pas majoritaire. Dès dimanche soir, c’est la question qui occupait l’essentiel des débats. Le succès du « non », moindre que ne le laissaient prévoir les sondages et, surtout, que ne l’escomptaient les dirigeants loyalistes, rebat en partie la donne.

La présidente des Républicains calédoniens, Sonia Backès, et le président du Rassemblement-Les Républicains, Pierre Frogier, ont fait campagne sur le thème d’un « non massif » qui rendrait caduque la perspective des référendums suivants. Ils tablaient sur une victoire par 70 %, voire 80 %, des suffrages en faveur du « non ». De son côté, le président de Calédonie ensemble, Philippe Gomès, estimait qu’avec un non à 70 %, les deux autres référendums n’auraient pas de pertinence et qu’il faudrait donc négocier avec les indépendantistes un nouvel accord qui se substituerait à celui de Nouméa.

Lundi « commence la deuxième mi-temps »

Dimanche soir, paradoxalement, la déception était chez les vainqueurs et la satisfaction chez les vaincus qui, avec 43,3 % des suffrages améliorent légèrement leur score des élections provinciales de 2014. « On a déjoué les pronostics annoncés par les loyalistes, se félicite Roch Wamytan, le président du groupe Union calédonienne-FLNKS du Congrès. Nous considérons que ce référendum est un galop d’essai. Il y aura d’autres rendez-vous et nous comptons bien convaincre le peuple calédonien la prochaine fois. »

Pour Daniel Goa, le président de l’Union calédonienne et porte-parole du FLNKS, « dès le 5 novembre commence la deuxième mi-temps jusqu’en 2020, puis de 2020 à 2022 s’il faut une prolongation ». Même tonalité chez Louis Mapou, président du groupe Union nationale pour l’indépendance du Congrès : « La droite locale faisait le pari que la cause indépendantiste est en régression, ce n’est pas le cas, assure-t-il. Les uns et les autres voudraient que l’on ne parle plus des deux autres référendums mais, plus qu’avant, ils ont bien leur raison d’être. »

Les discussions qui vont s’engager prennent en effet une tout autre tournure avec ce résultat, certes confortable pour le non à l’indépendance mais plus étroit qu’espéré dans le camp loyaliste. Les indépendantistes, confortés par la très forte mobilisation de leurs partisans, notamment chez les jeunes, ne se rendront pas à la table des négociations en victimes expiatoires. L’ancien maire de Bourail, Jean-Pierre Aïfa, membre du comité des sages chargé de veiller à la bonne tenue du scrutin, estimait, lundi matin, qu’« il vaut mieux travailler avec du 43-57 qu’avec du 70-30 ».

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Clivages profonds

Pour l’heure, cependant, les dirigeants non-indépendantistes espèrent encore pouvoir faire l’économie des deuxième et troisième référendums, même s’ils ont nuancé leurs propos au regard du résultat de dimanche soir.

« Compte tenu de la participation, le résultat est incontestable, estime Mme Backès. Quel est l’intérêt des indépendantistes de reposer la question dans la mesure où, dans deux puis quatre ans, le résultat sera le même ? »M. Gomès, quant à lui, mise toujours sur le dialogue. « L’arithmétique électorale n’est pas bouleversée et les non-indépendantistes restent et resteront majoritaires, assure le député de la 2e circonscription. Mais l’arithmétique électorale a ses limites et la seule voie dans ce pays, c’est le dialogue et le consensus. Je crois qu’on doit réfléchir pour voir si on peut éviter cette nouvelle période de campagne électorale, de tensions éventuelles. »

Pour y parvenir, il faudra toutefois savoir prendre en compte les aspirations qui se sont exprimées lors de cette consultation. Les loyalistes tablaient sur un essoufflement de la revendication indépendantiste. Ils avaient probablement négligé la force du sentiment identitaire dans la communauté mélanésienne. Si les lignes ont bougé à l’occasion de ce référendum, il faudra également prendre en considération à la fois les clivages profonds qui traversent la société calédonienne et les évolutions sociologiques en son sein.

La France reconnaît l’usage de la torture en Algérie durant l’occupation coloniale

Christine Lagarde: Ending Harassment Helps the Economy

By Christine LagardeCorinne Delechat, and Monique Newiak

This International Women’s Day is bringing new calls to #pressforprogress on gender parity. Giving women and girls the opportunity to succeed is not only the right thing to do—it can also transform societies and economies.

Unlocking this transformative potential means pushing for more equal opportunities: for example, equality in legal rights for men and women, and equality in access to education, health, and finance. Just as important is the fundamental issue of ensuring a safe environment for all, including protection against harassment.

Our message is clear: Providing legal protection against sexual harassment creates an environment in which women are more likely to be economically and financially active.

In fact, new IMF staff research “What is Driving Women’s Financial Inclusion Across Countries?” finds a link between financial access and protection against harassment. We look at this connection empirically in surveys of 1,000 individuals in each of more than 140 countries.

Legal safety and financial inclusion

Women are less likely than men to gain access to financial services. That is especially so in emerging and developing markets, where financial inclusion scores are about 14 percent lower for women than for men.

Our research therefore looked into what drives access to financial services for women in particular. We found that women who live in countries with stronger protection against harassment, including at work, are more likely to open a bank account, borrow and save, and make use of financial services such as mobile payments.

These links are strong. Financial access for the average woman living in an emerging market or developing country is almost 16 percent deeper—that is, financial inclusion scores are higher—when legal protection is granted. For the average sub-Saharan African woman, the figure is almost 25 percent higher. Eliminating harassment and increasing women’s access to financial services can transform lives.

But the benefits don’t stop there. Promoting equality in opportunities can be an economic game changer. Increased financial access means more economic activity by women, including as entrepreneurs. This translates into higher economic growth and productivity, a more equal income distribution, higher profits for businesses, and greater economic stability.

Significant gaps in legal protection

Our study clearly shows that protecting women against harassment can ignite economic benefits across several dimensions. It is also a moral issue as highlighted by the #metoo movement, which has shown sexual harassment to be pervasive in many countries. Outrage has understandably erupted in many parts of the world.

These discussions are important and overdue, but they are only the tip of the iceberg. A detailed database and reports by the World Bank show that:

  • In 2017, almost 290 million adult women were not legally protected from sexual harassment, and more than 360 million women were not shielded from harassment in employment.
  • Legal gaps extend to the home. In almost a quarter of countries, there is no protection against domestic violence.
  • The lack of legal protection affects girls at an early age. In some countries the legal age of marriage is different for women than for men, and almost 100 million girls are not sufficiently protected legally from being married as a child.

Changing laws is not sufficient—it needs to be complemented by enforcement. Other policies also matter, and governments can act today. For example, fiscal policy can play a larger role through investments in transport safety and sanitation facilities for women and girls, and in support for victims of gender-based violence.

Continue the engagement

Together with our partners, the IMF is committed to working with governments around the world to identify policies that help women realize their potential. Aside from analytical work on the macroeconomics of gender, the IMF is expanding its country-level analysis and advice in this area. So far, we have studied and provided advice on gender equality issues in about one-sixth of our 189 member countries. The issues are multi-faceted, so the policies to address them should be too.

Just this week, we will publish a study on Nigeria showing that reducing gender inequality could increase real GDP growth by an average of 1¼ percentage points annually. We recommend a range of measures, such as strengthening and enforcing legal rights; increasing investment in infrastructure, health, and education; and policies to help reduce violence against women. Our advice to advanced economies also emphasizes the need for policies to help women participate in the economy, including well-designed parental leave, affordable and high-quality childcare, and tax policies that do not penalize secondary earners. And IMF-supported programs in Egypt and Niger include measures to empower women economically, such as investments in public nurseries and better public transport safety.

It is not enough to talk about gender equality on International Women’s Day. We need to continue to work to address this issue and keep it at the top of the policy agenda throughout the year.

We promise we will keep playing our part.

 

Source: https://www.linkedin.com/pulse/ending-harassment-helps-theeconomytoo-christine-lagarde?articleId=6376872347055460352#comments-6376872347055460352&trk=prof-post