Nouveaux mots français (2017-2019)

D’où viennent les nouveaux mots de la langue française ?

« Disrupter », « babache », « teriyaki »… les nouvelles entrées des dictionnaires témoignent d’une langue très influencée par l’anglais californien, et aussi d’une grande inventivité.

Par William Audureau Publié le 22 mars 2019 à 17h13 – Mis à jour le 22 mars 2019 à 18h24

Trois cents millions de locuteurs à travers les cinq continents, cinquième idiome le plus parlé au monde, second le plus enseigné… la langue de Molière et d’Orelsan rayonne, s’est félicité le ministère de la culture en ouverture de la Semaine de la langue française et de la francophonie, qui se déroule du 18 au 24 mars.

Et pourtant, nombreux sont ceux qui s’affolent de son supposé affaiblissement. « Halte au globish ! », écrivaient une centaine d’écrivains, essayistes, artistes et journalistes dans une tribunepubliée par Le Monde le 26 janvier, face à la redoutable « shakespearisation » qui menacerait notre langue.

Certes, les anglicismes fleurissent dans le langage courant. Mais ce n’est pas pour autant qu’ils font leur entrée dans les dictionnaires, qui agissent avec prudence, comme l’explique Carine Girac-Marinier, directrice éditoriale du Petit Larousse :

« Nous voulons être le témoin des évolutions de la société, mais pas intégrer un mot qui serait une mode, poussé par une actualité brûlante, et qui pourrait ne plus être utilisé dans quelques mois. On attend parfois deux ou trois ans pour être certains qu’ils soient toujours là et bien rentrés dans toutes les catégories de la langue française. »

Ainsi, des termes depuis longtemps usités dans certains milieux spécialisés (vidéoludiquerétrofuturismepostapocalyptiquedjihadisme…) ou militants (racisé-éeinvisibiliser) n’ont été lexicalisés que ces trois dernières années. Vous les retrouverez dans cet article en gras et en italique.

Nous avons analysé les mots ajoutés aux deux principaux dictionnaires, le Larousse et le Robert, dans leurs trois dernières éditions, soit 2017, 2018 et 2019. Il en ressort un corpus d’un total de 410 unités de lexique.

Que nous apprend ce corpus ? Qu’entre le replay télévisuel, le storytelling politique, la communauté queer ou encore l’univers des fanfictions, l’anglais est bel et bien, et de loin, la langue étrangère qui contribue le plus à l’enrichissement de notre vocabulaire. Mais, somme toute, la principale source d’évolution du français est… le français lui-même. Tour d’horizon.

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Plus de la moitié viennent des différents types de français

  • 36 % : des évolutions internes du français commun

Cela peut ainsi paraître contre-intuitif, mais oui, la langue de Maître Gims est très forte pour se renouveler de l’intérieur. Néologismes (antépisodegrossophobieécolabélisésouplexvapoteuse), mots composés (seul-en-scènepollueur-payeur), acronymes (REPZAD), ou encore antonomases (bisounours, fraises maraparkour) : son inventivité formelle est indéniable.

Mais les nouveaux mots venus du français passent davantage inaperçus, ceux-là ressemblant souvent à des mots déjà existants. Difficile par exemple de se figurer que covoiturer ou déradicaliser sont des ajouts lexicaux récents. D’autres mots entrent seulement dans le dictionnaire alors qu’ils sont employés depuis longtemps dans certains milieux (vidéoludiquerétrofuturismedjihadisme…) ou militants (racisé-éeinvisibiliser).

Par ailleurs, certains nouveaux termes ne le sont qu’en partie : c’est leur sens qui a changé. Ce phénomène, dit de « néosémie » en linguistique, a ainsi vu maraudeur définir un bénévole travaillant dans la rue, rageux une personne agressive sur Internet, et toxiqueun comportement destructeur. Ils sont compatibilisés par les dictionnaires comme de nouveaux mots : ils témoignent eux aussi de l’évolution de la langue.

  • 5,8 % : des emprunts aux régions

Autre vivier : le « terroir ». Travers d’un pays à la longue tradition jacobine, il est de coutume de réduire le français et son évolution à ceux du français parisien. Or la langue palpite aussi dans les régions, à l’image des charmants babachebiloute, ou encore poutouner, qui ont enrichi le lexique national.

Les régions ont récemment apporté aux dictionnaires tout un vocabulaire affectueux, à l’image du schmutz, un bisou alsacien ; poutouner, faire des bises dans le Poitou ; ou la miaille du Lyonnais, un bécot particulièrement bruyant. « Ce sont souvent des mots de dialectes qui sont d’abord passés dans le français régional avant de se diffuser », retrace le linguiste et étymologue Alain Rey, interrogé par Le Monde.

Le vocabulaire français de la gastronomie est lui aussi très redevable des spécialités locales. Ainsi du boucané de La Réunion et des Antilles, le mannele d’Alsace, la noisettine du Médoc (un pain à la noisette), le socca niçois ou encore la gâche bretonne (qui, comme le mont Saint-Michel, est également revendiquée par la Normandie). Au pays de Rabelais, le gosier nourrit souvent la langue.

  • 14,6 % : des apports des pays francophones

C’est une bonne semaine pour le rappeler : le français ne vient pas que de France. Belgique, Suisse, Maroc, Cameroun, Sénégal… Toute la francophonie participe à l’évolution du vocabulaire, même si certains termes peuvent sembler totalement inconnus, voire incongrus à l’oreille d’un métropolitain.

Et sans surprise, c’est le français du Québec qui est la principale source de renouvellement du lexique, avec de nombreux néologismes liés aux technologies (baladodiffusiontéléverser), à l’environnement (carbocentreéconeutre), aux transports (l’emportiérage, tant redouté des cyclistes) ou encore des emprunts à la gastronomie (les appétissants pets-de-sœursortes de pains au raisin mais à l’érable).

On doit au français de Belgique le très chic zytologue (pour un expert en bières), le dégagisme politique (lui-même emprunté à la Tunisie), ainsi que le très utile goûter de dix-heures. Côté Suisse, signalons les biscômes, pains d’épices décorés, et la cramine, ce froid tellement violent qu’il brûle la peau.

En Afrique francophone, le Maghreb a apporté deux néologismes créatifs, les facanciers (pour les émigrés marocains revenant passer leurs vacances au pays) et youyouter (crier « youhou »), et amené aux dictionnaires deux mots d’étymologie arabe, la fatiha(fiançailles musulmanes) et la fouta (carré de tissu d’origine berbère porté par les femmes à la taille).

Le Larousse et le Robert sont un peu moins précis quant à l’origine des termes venus d’Afrique de l’Ouest et du Centre. « On a parfois du mal à savoir dans quel pays le mot est apparu pour la première fois, et on préfère alors préciser la région », admet Carine Girac-Marinier. Ils attribuent néanmoins au Cameroun et à la Côte d’Ivoire faroter(soudoyer) et yoyette (jeune fille à la mode).

Près de 4 mots sont 10 sont empruntés aux langues étrangères

Viennent enfin les emprunts aux autres langues. C’est un fait, le français est « cleptolexe », il aime chaparder du lexique dans les dictionnaires de ses voisins – plus de 160, en trois ans. Pour ce faire, il peut procéder de trois façons.

La première est l’emprunt classique, à l’identique (comme futsal, création du portugais du Brésil, ou hoverboard, de l’anglais). La deuxième est l’adaptation, ou la francisation, qui donne un air plus local (la graphie youtubeur, ou la formation du verbe troller, respectivement à la place de youtuber et to troll).

Enfin, la dernière est la plus subtile : c’est le calque, qui reconstruit à l’identique une idée venue d’ailleurs en la traduisant (comme post-vérité pour post-truth ou licorne pour unicorn, en économie). Certains termes d’apparence franchouillarde viennent ainsi d’ailleurs (comme superaliments, calque de l’anglais superfood, ou intersexe, francisation de l’allemand intersex). Pour mesurer l’influence des langues étrangères, il faut considérer les trois.

  • 16,6 % de mots venus de l’anglais

La langue de Shakespeare est ultradominante. Ce n’est pas une nouveauté de cette dernière décennie. Ce qui l’est, c’est la répartition géographique des termes empruntés. « Ils sont à 80 % nord-américains et à 50 % californiens : tout le vocabulaire des jeunes, du hip-hop, de l’informatique, vient de là », relève Alain Rey.

Dans le détail, l’anglais est effectivement omniprésent dans l’informatique (blockchainhackathonopen source, mais aussi les francisations cybersécuritédéfaçagewebinaire ou les calques mégadonnées et rançongiciel). Il l’est aussi dans les communications sur Internet (chatbotémoticôneGIFlikeretweeter, etc.), les questions de société (flexitarienpost-véritéqueer…), les loisirs (e-sport, gameursmusicalspoilerreplay…) ou encore l’économie (disruptionfablabstartuper…).

Pour autant, la supposée invasion du français par l’anglais est exagérée, nuance Carine Girac-Marinier.

« On est sur une tendance stable. C’est vrai qu’un certain nombre d’anglicismes sont poussés par les nouvelles technologies, mais il y a une vivacité de la langue française qui les remplace peu à peu, et des anglicismes d’il y a trente ans ont disparu des dictionnaires. »

A l’image de computer, remplacé par ordinateur, ou les serials, par les séries.

Par ailleurs, en raison de leur longue histoire partagée, l’opposition entre l’anglais et le français est parfois artificielle. L’anglicisme couponing vient à l’origine du mot français coupon, alors que le verbe français geeker, formé sur l’anglais geek, n’a en réalité aucun équivalent outre-Manche, où le verbe to geek n’existe pas. « C’est ça qui est extraordinaire dans la créativité de la langue », s’enthousiasme Carine Girac-Marinier.

« Même si on fait un emprunt, derrière on va l’utiliser dans un contexte qui n’aura pas d’équivalent dans la langue source. il y a un va-et-vient entre les langues. »

  • 22 % : des emprunts à 16 langues différentes

Loin derrière l’anglais, le japonais et l’italien sont les deux langues auxquelles le français des dictionnaires a le plus emprunté depuis 2017. Du premier, un goût certain pour les saveurs nippones (gomasiogyozateppanyakiteriyakiyuzu), mais aussi les arts traditionnels (kamishibaïkirigami), et une certaine culture visuelle (émojikawaï) – ou encore le tonfa des policiers. Du second, une avalanche gastronomique qui témoigne de l’incroyable italophilie des palais français : spritz en apéro, une farandole de burrattaciabattafocaccia en buffet, et un ristretto servi par un barista en digestif.

Les emprunts à l’arabe sont très peu nombreux au regard de sa pénétration dans le parler populaire, à l’image de l’interjection sheh ! (« bien fait ! »). « On s’est posé la question pour “sheh”, il n’est pas encore entré, cela ne veut pas dire qu’il ne rentrera pas », tempère Carine Girac-Marinier.

« Nous avons deux critères, quantitatif (son occurrence), et qualitatif, qu’il traverse toutes les catégories de la population et tous les âges. Il est plutôt utilisé par les jeunes, les ados, et pas encore chez les quarantenaires et au-delà. »

Les autres langues sources ne fournissent que très peu de mots au français. Ces derniers proviennent surtout de l’univers de la nourriture : ainsi du chia (issu de l’aztèque) et du fonio (wolof), ou des thés rooibos (afrikaans) ou oolong (mandarin). S’y ajoutent des fruits exotiques, comme le combava (malais), la main de Bouddha(calque du tibétain) ou encore l’acérola (espagnol péruvien).

5 % de composés savants et créations supraétatiques

Last but not least, les inclassables. On chercherait en vain à définir leur origine : ils ne viennent pas d’un pays en particulier, mais de la communauté scientifique ou d’organisations supraétatiques. Les termes écosystémiqueeurométropole et myéloprolifératif ont ainsi été formés et introduits par l’Organisation des Nations unies (ONU), la Commission européenne ou encore l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Les composés savants conçus par la communauté scientifique donnent quelques-unes des créations les plus surprenantes. A l’image de nihonium, élément chimique formé à partir d’un mot japonais (nihon, signifiant Japon) et un suffixe… latin. Preuve, s’il en est, que le français fait feu de tout bois pour s’enrichir.

Pour le tableau qui recense 410 mots parmi les nouveaux apparus dans le dictionnaire entre 2017 et 2019: Origine_nouveau_mots_article_LeMonde

Source: https://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2019/03/22/d-ou-viennent-les-nouveaux-mots-de-la-langue-francaise_5439961_4355770.html

Césars 2019

Césars 2019 : « Jusqu’à la garde » et « Shéhérazade » triomphent

Le film de Xavier Legrand, qui traite des violences conjugales, et l’histoire d’amour à Marseille de Jean-Bernard Marlin sont au sommet du palmarès.

Publié le 22 février 2019 à 23h03 – Mis à jour le 23 février 2019 à 10h07

Jusqu’à la garde de Xavier Legrand, qui traite du sujet des violences conjugales, est le grand vainqueur de la cérémonie des Césars 2019, qui s’est déroulée vendredi 22 février à Paris. Le long-métrage, qui faisait figure de favori avec dix nominations, est reparti avec quatre prix : meilleur film, meilleure actrice pour Léa Drucker, meilleur montage et meilleur scénario.

Le réalisateur a estimé, pendant la soirée, qu’il « serait temps de penser » aux victimes « à un autre jour que le 25 novembre », Journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Léa Drucker, très émue, a aussi, appelé à réagir et elle a rendu hommage aux personnes qui sont dans la situation de Miriam – l’héroïne du film – ainsi qu’aux militantes féministes.

Alex Lutz a obtenu quant à lui la récompense du meilleur acteur pour son rôle dans Guy, qu’il a également réalisé et dans lequel il s’est vieilli de trente ans pour incarner une ancienne gloire de la chanson. « Je suis très impressionné (…) chaque volute et chaque cabossage de ce César me font penser à un parcours », a-t-il dit ému en recevant le prix.

Le cinéaste Jacques Audiard, 66 ans, a reçu le César de la meilleure réalisation pour Les Frères Sisters, un western franco-américain avec Joaquin Phoenix, Jake Gyllenhaal et John C. Reilly. « Je suis ému (…)J’admire mes confrères et mes consœurs. Si je fais du cinéma, c’est parce que vous en faites », a-t-il déclaré.

« A tous les gens qui galèrent »

Shéhérazade, histoire d’amour à Marseille entre un caïd et une jeune prostituée, a reçu la statuette du meilleur premier film, tandis que ses deux interprètes principaux, Kenza Fortas et Dylan Robert, ont été récompensés par ceux des meilleurs espoirs féminin et masculin. « Je dédie ce film à tous les gens qui galèrent », a lancé le réalisateur, Jean-Bernard Marlin. Pour Shéhérazade, tourné avec des interprètes non professionnels, il a fait huit mois de castings sauvages dans des foyers de la cité phocéenne ou à la sortie des prisons.

Lire la critique « Shéhérazade », l’amour en péril à Marseille

Karin Viard a pour sa part reçu le César de la meilleure actrice dans un second rôle pour son interprétation dans Les Chatouilles« Je tenais beaucoup à ce rôle, j’avais vraiment envie de faire partie de cette histoire », a-t-elle expliqué en recevant sa statuette.

A propos de son interprétation d’une mère dure, doutant des abus sexuels subis par son enfant, elle a décrit un « rôle épouvantable de mère si toxique qui condamne sa fille une deuxième fois en ne l’écoutant pas, en ne voulant pas la croire ».

Cinéma « plus indépendant et plus libre »

La 44e cérémonie de récompenses du cinéma français s’est déroulée sous les yeux du comédien et réalisateur américain Robert Redford, qui a reçu un César d’honneur pour l’ensemble de sa carrière.

La présidente de la cérémonie, la Britannique Kristin Scott Thomas a, elle, rendu un hommage : « Vous m’avez permis, moi, étrangère, de devenir actrice (…). Vive le cinéma français. » « J’ai bien l’intention de continuer à vos côtés, oui, même avec ce Brexit », a-t-elle par ailleurs plaisanté.

« Tous ici nous aimons ce cinéma-là, un cinéma plus indépendant et plus libre que partout ailleurs, des films courageux, ambitieux, inattendus (…). vous pouvez être fiers de la diversité de vos productionsIl est vrai que je crains d’être retenue à la frontière avec ma panse de brebis farcie, mes stocks de jelly et mes disques d’Elton John, mais ce soir je suis là. »

Le palmarès complet

  • Meilleur film Jusqu’à la garde
  • Meilleur réalisation Jacques Audiard, pour Les frères Sisters
  • Meilleure actrice Léa Drucker dans Jusqu’à la garde
  • Meilleur acteur Alex Lutz, dans Guy
  • Meilleure actrice dans un second rôle Karin Viard dans Les Chatouilles
  • Meilleur acteur dans un second rôle Philippe Katerine dans Le Grand Bain
  • Meilleur scénario original Jusqu’à la garde, de Xavier Legrand
  • Meilleur premier film Shéhérazade de Jean-Bernard Marlin
  • Meilleur espoir féminin Kenza Fortas pour Shéhérazade
  • Meilleur espoir masculin Dylan Robert dans Shéhérazade
  • Meilleur documentaire Ni juge, ni soumise, de Jean Libon et Yves Hinant
  • Meilleur film étranger Une affaire de famille, d’Hirokazu Kore-eda
  • Meilleure adaptation Andréa Bescond, Eric Métayer pour Les Chatouilles
  • Meilleur film d’animation long-métrage Dilili à Paris, réalisé par Michel Ocelot et produit par Christophe Rossignon et Philip Boëffard
  • Meilleur film d’animation court-métrage Vilaine fille, du réalisateur Ayce Kartal
  • Meilleurs costumes Pierre-Jean Larroque pour Mademoiselle de Joncquières
  • Meilleurs décors Michel Barthélémy pour Les Frères Sisters
  • Meilleur montage Yorgos Lamprinos pour Jusqu’à la garde
  • Meilleur musique originale Vincent Blanchard, Romain Greffe pour Guy
  • Meilleur son Brigitte Taillandier, Valérie De Loof et Cyril Holtz pour Les Frères Sisters
  • Meilleure photographie Benoît Debie pour Les Frères Sisters

Source: https://www.lemonde.fr/culture/article/2019/02/22/cesars-sheherazade-meilleur-premier-film-et-meilleurs-espoirs_5427142_3246.html

Karambolage sur Arte ou une conversation franco-allemande

« Karambolage », l’émission qui se joue des clichés entre la France et l’Allemagne

Diffusé sur Arte depuis quinze ans, « Karambolage » décortique les particularités culturelles françaises et allemandes avec drôlerie. Le programme fêtait sa 500e le 10 février.

Par Cécile Boutelet Publié le 11 février 2019 à 11h50

La récente polémique française autour du traité d’Aix-la-Chapelle a montré qu’en matière franco-allemande les poncifs ont la vie dure. La présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, et le député Nicolas Dupont-Aignan ont soutenu dur comme fer que ce traité, signé le 22 janvier par le président Macron et la chancelière Merkel dans le dessein de renforcer les relations entre l’Allemagne et la France, envisageait entre autres… de vendre l’Alsace et la Lorraine à Berlin. Outre-Rhin, le très sérieux quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung a pris la chose avec humour. A la « une », il a publié une grande photo de casque à pointe jaune doré, en commentant : « Il n’y a apparemment plus rien qui soit assez absurde pour que personne n’y croie. »

Jouer la carte de l’humour contre les clichés les plus éculés, c’est aussi le mot d’ordre de l’émission d’Arte « Karambolage », qui fêtait, le 10 février, sa 500e. Depuis quinze ans, chaque dimanche soir à 20 heures, elle décortique les particularités culturelles françaises et allemandes qui en disent tant sur les représentations collectives. Ses onze minutes sont devenues cultes, en particulier depuis que les réseaux sociaux ont consacré les formats vidéo courts. « Karambolage » rassemble chaque dimanche un million de spectateurs des deux côtés du Rhin.

Du détail à l’universel

La productrice et réalisatrice Claire Doutriaux a eu l’idée de l’émission à son retour en France, après quinze ans passés en Allemagne. « Il me semblait que les Français avaient une vision de l’Allemagne qui ne correspondait pas à ce que j’avais vécu. Il y a aussi des clichés côté allemand. Et j’avais besoin de parler de ces questionnements culturels qui nous obsèdent quand on vit entre deuxpays », raconte-t-elle dans un restaurant de Berlin, attablée devant une roulade de cerf, un plat typique de la région, mais sans doute inspiré par les huguenots français immigrés en Prusse au XVIIe siècle. A Paris, son équipe de « Karambolage » rassemble d’authentiques Franco-Allemands, qui travaillent selon le mot d’ordre suivant : « Partir du détail pour ouvrir vers l’universel. »

Chaque sujet a pour point de départ un étonnement vécu qui débouche sur un questionnement entre les deux cultures. Il peut s’agir d’un mot, d’un souvenir, d’un rite ou d’un objet du quotidien. Ainsi la colonne Morris, emblématique de Paris, qui fut en réalité inventée à Berlin. Ou la révélation progressive du visage de François Mitterrand à la télévision – un procédé inédit – le soir de sa victoire en 1981. Ou encore la controverse française pain au chocolat/chocolatine. La forme est une des caractéristiques les plus fortes de l’émission : le propos est porté par un graphisme impertinent, sur lequel travaillent en permanence trente personnes des deux côtés du Rhin.

« On prend le parti du second degré, de l’autodérision, mais en donnant les clés de compréhension à tous. C’est cela qui crée une vraie communauté de regard entre Français et Allemands. » Claire Doutriaux, productrice et réalisatrice de « Karambolage »

Parfois, l’émission s’aventure jusque dans l’intimité des rapports franco-allemands. Dans une émission sur la Saint-Valentin, Claire Doutriaux livre ainsi quelques indiscrétions sur sa jeunesse dans l’Allemagne de l’Ouest des années 1970, alors en pleine libération sexuelle. Et s’interroge : comment parle-t-on de sexe dans les deux langues ? Pourquoi les Français ont-ils tant d’expressions pour dire « faire l’amour » ? Au fil des années, l’attente sur ce sujet est devenue forte. Au courrier des lecteurs de l’émission, de nombreux couples franco-allemands, politiques ou non, cherchent à comprendre pourquoi la fougue des
premiers temps a laissé place aux incompréhensions…

Car, entre Français et Allemands, comment rester léger et profond malgré le passé et les comparaisons incessantes entre deux modèles qui tendent indéfiniment à vouloir désigner un gagnant et un perdant ? Après quinze ans de « Karambolage », le retour d’expérience peut être médité : « On prend le parti du second degré, de l’autodérision, mais en donnant les clés de compréhension à tous. C’est cela qui crée une vraie communauté de regard entre Français et Allemands. »

En dépit de la récente polémique, Claire Doutriaux ne croit pas à un déclin des échanges. « En France, on s’intéresse beaucoup plus à l’Allemagne qu’aux débuts de “Karambolage”. Il y a l’effet Merkel, qui a changé l’image du pays, et Berlin, qui est devenue une référence culturelle. Pour une certaine génération de jeunes, les voyages et les week-ends dans les pays voisins sont banals. Et, parmi eux, l’Allemagne est devenue une destination évidente. »

Cécile Boutelet (Berlin, correspondance)

Source: https://www.lemonde.fr/m-le-mag/article/2019/02/11/karambolage-l-emission-qui-se-joue-des-cliches-entre-la-france-et-l-allemagne_5422017_4500055.html

Mindfulness au programme des écoles en Angleterre

LONDON — Students in England already learn about mathematics, science and history, but hundreds of schools are preparing to expand the traditional curriculum with a new subject: mindfulness.

In up to 370 English schools, students will start to practice mindfulness as part of a study to improve youth mental health, the British government said on Monday.

They will work with mental health experts to learn relaxation techniques, breathing exercises and other methods to “help them regulate their emotions,” the government said in a news release announcing the program.

The goal of the program is to study which approaches work best for young people in a world of rapid change. The government said the study, which will run until 2021, is one of the largest of its kind in the world.

“As a society, we are much more open about our mental health than ever before, but the modern world has brought new pressures for children,” Damian Hinds, the British education secretary, said in a statement.

“Children will start to be introduced gradually to issues around mental health, well-being and happiness right from the start of primary school,” he added.

The initiative comes months after a survey commissioned by the National Health Service found that one in eight children in England between the ages of 5 and 19 suffered from at least one mental disorder at the time of their assessment in 2017.

The survey, which was published in November, also indicated a slight increase in mental disorders in five to 15-year-olds, which rose to 11.2 percent in 2017 from 9.7 percent in 1999. Disorders like anxiety and depression were the most common, affecting one in 12 children and early adolescents in 2017, and appeared more often in girls.

Imran Hussain, the director of policy and campaigns for Action for Children, a British charity, in the United Kingdom, called it a “children’s mental health crisis.”

“Every day our front-line services see children and teenagers struggling to get to grips with how they fit into the increasingly complex modern world — contending with things like intense pressure at school, bullying or problems at home, all while being bombarded by social media,” he said in a statement on Monday.

He added: “Services like these can lessen the anxiety, pain and anguish that some teens go through, but also reduce their need for intensive support further down the line.”

But two Parliamentary committees have criticized the government reports on which the program is based, for focusing on handling emotional problems rather than preventing them. In a report released last May, the Education and Health and Social Care Committees wrote, “the Government’s strategy lacks ambition and will provide no help to the majority of those children who desperately need it,” while increasing the workload of teachers.

“The role of prevention appears to be a missing link in building better support for children and young people, especially in the early years,” the committees wrote. They found that social media and the schools’ system of high-pressure exams can have particularly negative effects on the mental health of young people.

But Dr. Jessica Deighton, an associate professor in child mental health and well-being at University College London who is leading the government trials, said that the new initiative was intended to offer more than quick fixes.

“There is a tendency to think that the solution is mental health intervention,” she said on Monday. “We will try to reduce the stigma against mental health problems, by making the school environment literate in mental health.”

She said the program included several tactics, including training teachers to hold role-playing exercises, teaching relaxation practices and inviting professionals for group discussions.

“It’s not just to make them feel better in the short-term,” Dr. Deighton said, “but to better equip them for later in life.”

Source: https://www.nytimes.com/2019/02/04/world/europe/uk-mindfulness-children-school.html

55 nations autochtones au Canada = Premières Nations

Autochtones et histoire coloniale, comment composer avec l’héritage du passé ?Un débat du Monde Festival Montréal

LE MONDE | 

DÉCRYPTAGE

La France comme le Québec possèdent un passé douloureux d’anciens colonisateurs. La décolonisation française, qui s’opère à partir de 1945, laisse encore des traces. De son côté, le Québec doit composer avec un passé autochtone, et décider comment celui-ci doit être reconnu dans le discours national.

Faut-il revoir l’enseignement de l’histoire pour y inclure davantage le passé colonial et la réalité autochtone ? Devrions-nous reconnaître des droits accrus aux communautés, voire reconnaître des territoires, comme cela fut le cas avec Montréal ? Déboulonner des personnages historiques qui ont un passé douteux ?

Ces questions ont été débattues avec la romancière Alice Zeniter, Prix Goncourt des lycéens 2017, pour L’Art de perdre, l’historien et président du Conseil d’orientation de la cité nationale de l’histoire de l’immigration, Benjamin Stora, l’activiste autochtone Michèle Audette, le chirurgien autochtone Stanley Vollant. Un débat organisé dans le cadre du Monde Festival Montréal le 26 octobre 2018. Animé par Jean-François Nadeau, journaliste au Devoir.

POUR ALLER PLUS LOIN

https://www.bac-lac.gc.ca/fra/decouvrez/patrimoine-autochtone/premieres-nations/Pages/introduction.aspx

https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/89-659-x/89-659-x2018001-fra.htm

https://www.canada.ca/fr/services/culture/histoire-patrimoine/histoire-autochtone.html

Sexe, race et colonies: Matrice de domination (Colonial Framework)

L’ouvrage “Sexe, race & colonies” d’un collectif d’historiens sur l’imagerie du corps sous domination coloniale, fait à la fois référence et débat en France. L’historien Pascal Blanchard est l’invité de France 24.

Le livre en impose par son ambition historiographique, par le nombre de photographies réunies, par l’ampleur du sujet – des siècles et des continents parcourus. “Sexe, race & colonies, la domination des corps du XVe siècle à nos jours” (éditions La Découverte) jette un regard historique et transnational sur l’accaparement des individus jusque dans leur intimité, au nom de la domination occidentale.

Plus d’un millier de peintures et de photographies permettent de prendre la mesure du corps-à-corps entre colons et colonisés, perçus comme étant à disposition, sexualisables à l’envi. Le travail d’un collectif de 97 historiens sous la direction de Pascal Blanchard, spécialiste du fait colonial et de son imaginaire au Laboratoire communication et politique du CNRS, scrute tout le panel de cette imagerie, tour à tour fantasmagorique et tristement réelle, de la représentation érotisée des “sauvages” dès le XVe siècle jusqu’à des cartes postales dégradantes envoyés en Europe par les colons établis dans les pays du Sud aux XIXe et XXe siècles. Le phénomène ne se résume pas aux colonies françaises en Afrique, l’Empire japonais et l’Amérique ségrégationniste ont connu les mêmes logiques d’assujettissement sexuel des corps.

Cet ouvrage donne à voir combien “l’Occident s’est arrogé un droit sur l’autre. La domination des terres s’est accompagnée d’une domination des corps. C’était un safari incroyable. L’homme blanc se sentait intouchable”, explique Pascal Blanchard sur France 24. “Dès le XVe siècle, la peinture raconte l’histoire d’un paradis perdu. Ces corps nouveaux fascinent, alors même que les Occidentaux cachent le leur. Mépris et attirance se sont entrecroisés. Ce qui était un paradis pour les uns était l’enfer des autres”, juge l’historien.

Durant quatre années, le collectif a fouillé quelque 450 fonds privés et publics dans le monde, en Europe, aux États-Unis, en Asie, et s’est heurté à des obstacles. “Les musées ont refusé de nous céder les droits pour les œuvres de Gauguin qui posent énormément problème. Les héritiers de Hergé ont également mis leur veto pour utiliser des dessins de ‘Tintin au Congo’. Sans compter les marques qui ont refusé que leurs publicités interraciales soient dans le livre”, relate Pascal Blanchard, convaincu que le sujet dérange encore.

“Prendre les images au sérieux”

Peut-on décoloniser les images sans montrer les images ? L’ouvrage s’est attiré des critiques. Le collectif Cases rebelles ironise sur l’intention de ces “bonnes âmes” qui, “sous prétexte de dénoncer ou d’analyser”, ne fait que “reconduire la violence en diffusant massivement des images de femmes non-blanches humiliées, agressées, dont certaines sont encore des enfants sur les clichés en question. Comme si la reproduction de ces images avait cessé d’être profondément attentatoire à leur dignité, comme si elles n’affectaient plus leurs descendant.e.s et tout.e.s les héritier.e.s – côté victimes – de cette violence coloniale.”

Parmi les historiens qui ont participé à l’ouvrage, Christelle Taraud, spécialiste de l’histoire des femmes, du genre et des sexualités en contexte colonial, particulièrement dans les pays du Maghreb, s’explique : “Il y a assez peu d’ouvrages qui prennent au sérieux les images”, affirme-t-elle lors des Rendez-vous de l’histoire organisés à Blois, le 13 octobre 2018. “Pour parler de domination coloniale, il fallait donc nous emparer de ce matériel image qui a toujours posé beaucoup de problèmes aux historiens, ou a été traité de façon illustrative, poursuit l’historienne. On voulait replacer ces images au cœur de notre propos. A partir du XIXe siècle et l’invention de la photographie, l’essentiel de la domination symbolique est passé par la domination visuelle. Et nous sommes persuadés que les stéréotypes d’hier affectent très lourdement nos sociétés contemporaines.”

Le succès du tourisme sexuel dans les pays anciennement colonisés, le fantasme de la “beurette” supposément sensuelle, sont autant d’héritages non assumés de cette imagerie dominatrice, estime le collectif d’historiens, qui se défend d’avoir versé dans le sensationnalisme. “Les images ont une puissance, elles sont perturbantes, bouleversantes, admet Nicolas Bancel, invité de la table ronde consacrée à l’ouvrage aux Rendez-vous de l’histoire. Elles font résonner en nous des zones obscures de l’inconscient. Nous avons travaillé à ce que ce livre fasse réfléchir, qu’il permette la distance. On a particulièrement réfléchi à l’intertextualité, le rapport entre le texte et l’image.”

Vertige et violence de la reproduction

Précisément, cette intertextualité est l’objet de critiques. L’habillage de l’ouvrage, la typographie du mot “sexe” qui s’étale en couverture, la reproduction en grand format et sur papier glacé des photographies de personnes nues et maltraitées, la prégnance des images au détriment du texte, participent au rejet du livre.

Ce format de publication ne se soucie pas “de la matérialité de l’objet d’histoire que l’on fabrique” et vient “contredire le projet des auteurs”, écrit Philippe Artières dans Libération. Les photographies sont “crues, pornographiques et violentes”, atteste la militante féministe Mélusine, qui plaide pour le “respect” envers “toutes leurs lectrices d’aujourd’hui, en particulier pour celles qui reconnaissent ces corps au leur si semblables et qui continuent de souffrir des conséquences sociales, morales et physiques de cet imaginaire sexuel raciste, qui n’a pas cessé d’exciter l’œil des spectateurs”. “On vomit parce qu’on a cru ouvrir un livre d’histoire, et qu’on se retrouve en train de feuilleter un gros beau livre porno, écrit Daniel Schneidermann. Vous savez, les beaux livres, sur les tracteurs, les peintres du Quattrocento ou les pipes en écume ? Cette fois, c’est un beau livre de viols coloniaux.” Florent Georgesco dans Le Monde admet également que “l’ensemble souffre au bout du compte de définir le sexe colonial de manière si large, sans les nuances qu’une pensée critique plus solide aurait permises, qu’il devient une réalité vague, propre à accueillir tous les sentiments. Même la fascination.”

“On ne les appelle pas des photos érotiques”, se défend Pascal Blanchard sur France 24. “On les appelle des images de la domination coloniale. Vous avez vu un homme qui presse le sein d’une femme ? C’est un safari sexuel. Et on n’a pas tout montré, les images de pédophilie n’ont pas été publiées. Si on veut comprendre comment à l’époque, à travers ces photographies, on a légitimé le droit de posséder le corps de l’autre, il faut montrer ces images.”

Nicolas Bancel dresse un parallèle avec la réception de l’ouvrage américain “Without Sanctuary” (éditions Twin Palms Publishers, 2000), qui rend compte d’une abondante iconographie du lynchage aux États-Unis. Sur les cartes postales et sur les photographies amateur, la présence des enfants blancs dans le public, tout comme l’esthétisme des clichés, dérangent fortement. “Les premières réactions à ce livre et à ces images ont été extrêmement violentes parmi les Noirs américains, jusqu’à ce qu’ils s’en emparent”, relate l’historien. De la même façon, le temps permettra aux images coloniales d’être “digérées, comprises, dépassées”, estime Christelle Taraud.

Quid du droit à l’image

Faut-il se désoler de l’impréparation d’une société à affronter la force dérangeante de ces images, ou alors faire une place à l’émotion que suscite cet ouvrage ? La distanciation voulue par les auteurs du livre a-t-elle pris en compte, dans son champ de vision, la présence des descendants des colonisés qui vivent cette publication comme une nouvelle violence ?

“Ces victimes sur les photographies publiées sont nôtres, elles sont de chez nous, de nos terres, de nos familles, affirme le collectif Cases rebelles. Nous ne sommes pas éloigné.e.s, pas détaché.e.s de ces corps. Aujourd’hui encore, nous portons au quotidien le poids de ces hypersexualisations violentes, de ces hyperaccessibilités au corps colonisé”, rappelle le collectif qui pose la question du droit à l’image : “À la question de savoir si ces photos doivent être montrées dans l’absolu, nous répondons clairement : ne serait-ce pas d’abord aux personnes figurant sur les photos de répondre ? Les femmes, les enfants humilié.e.s, exhibé.e.s sur ces photos, ou leurs ayants droit, ont-ils donné leur autorisation ? Est-ce que quelqu’un connaît même leurs noms ?”

Sans répondre à ces critiques – Pascal Blanchard n’a pas affronté de contradiction en public lors des Rendez-vous de l’histoire à Blois, ni honoré l’invitation de l’émission “Arrêt sur images” de débattre à plusieurs –, l’historien conclut sur France 24 : “Nous sommes en train de découvrir l’histoire de la domination masculine. C’est une longue histoire, qui n’est pas née avec #MeToo, et ne s’arrêtera pas dans les quelques mois qui viennent. C’est très complexe d’aborder l’histoire de la domination masculine parce que par définition ça nous fait peur, parce que ça bouleverse tous nos repères.”

Le malaise face aux images serait donc le miroir d’un désarroi. Ou peut-être le signe que la distance et le respect n’ont pas encore trouvé leur place dans cette longue histoire du rapport au corps.

Envie d’Indépendance – Nouvelle-Calédonie (2018)

En Nouvelle-Calédonie, le succès étriqué du « non » rebat les cartes

Le premier ministre, Edouard Philippe, arrivé lundi à Nouméa, a engagé une série de consultations avec les différents partis.

LE MONDE |  • Mis à jour le  |Par Patrick Roger (Nouméa, envoyé spécial)

Au lendemain du référendum sur l’accession à la pleine souveraineté de la Nouvelle-Calédonie, dimanche 4 novembre, qui a vu le « non » l’emporter largement avec 56,7 % des suffrages exprimés, ce que tous les acteurs politiques et institutionnels retiennent en premier lieu, c’est la forte mobilisation du corps électoral. Sur les 174 999 électeurs inscrits, 141 099 ont pris part au vote, soit une participation exceptionnellement élevée de 80,62 %. Celle-ci avait été de 74,2 % lors de la consultation sur l’accord de Nouméa de 1998.

Macron : « se tourner vers l’avenir »

Reste maintenant à savoir quels enseignements indépendantistes et non-indépendantistes, ainsi que l’Etat, tireront de ce scrutin. Arrivé lundi matin à Nouméa, le premier ministre Edouard Philippe a salué la participation « absolument considérable » et le climat dans le quel s’est tenu le scrutin. « C’est l’aboutissement de quelque chose d’assez extraordinaire qui s’est passé pendant trente ans, et il faut en être fier », a-t-il encore dit à une cinquantaine de jeunes étudiants venus le rencontrer.

Le chef du gouvernement a immédiatement engagé une série de consultations avec les responsables des principales forces politiques, indépendantistes et non indépendantistes. A l’issue, il s’est félicité de ce que toutes les formations politiques reconnaissent la légitimité du scrutin et souhaitent poursuivre le dialogue. « Je proposerai à tous les membres du comité des signataires de se retrouver en décembre à Paris », a-t-il annoncé. « Au-delà des questions institutionnelles, tous ont souligné les enjeux économiques et sociaux pour la Nouvelle-Calédonie. Il faudra donc que nous trouvions le temps et la méthode pour échanger sur ces enjeux de société », a-t-il ajouté

La veille, dans une intervention télévisée diffusée dimanche à 13 heures en métropole (23 heures en Nouvelle-Calédonie), Emmanuel Macron avait salué le résultat du référendum comme « une marque de confiance en la République »et exprimé sa « fierté que la majorité des Calédoniens aient choisi la France ». « Le seul vainqueur, c’est le processus en faveur de la paix qui porte la Nouvelle-Calédonie depuis trente ans, c’est l’esprit de dialogue », a ajouté le président de la République, qui a invité « chacun à se tourner vers l’avenir »« Il n’y a pas d’autre chemin que celui du dialogue », a-t-il encore plaidé.

Emmanuel Macron s’est toutefois bien gardé d’évoquer la perspective d’un deuxième, voire d’un troisième référendum comme le prévoit l’accord de Nouméa si le « oui » n’était pas majoritaire. Dès dimanche soir, c’est la question qui occupait l’essentiel des débats. Le succès du « non », moindre que ne le laissaient prévoir les sondages et, surtout, que ne l’escomptaient les dirigeants loyalistes, rebat en partie la donne.

La présidente des Républicains calédoniens, Sonia Backès, et le président du Rassemblement-Les Républicains, Pierre Frogier, ont fait campagne sur le thème d’un « non massif » qui rendrait caduque la perspective des référendums suivants. Ils tablaient sur une victoire par 70 %, voire 80 %, des suffrages en faveur du « non ». De son côté, le président de Calédonie ensemble, Philippe Gomès, estimait qu’avec un non à 70 %, les deux autres référendums n’auraient pas de pertinence et qu’il faudrait donc négocier avec les indépendantistes un nouvel accord qui se substituerait à celui de Nouméa.

Lundi « commence la deuxième mi-temps »

Dimanche soir, paradoxalement, la déception était chez les vainqueurs et la satisfaction chez les vaincus qui, avec 43,3 % des suffrages améliorent légèrement leur score des élections provinciales de 2014. « On a déjoué les pronostics annoncés par les loyalistes, se félicite Roch Wamytan, le président du groupe Union calédonienne-FLNKS du Congrès. Nous considérons que ce référendum est un galop d’essai. Il y aura d’autres rendez-vous et nous comptons bien convaincre le peuple calédonien la prochaine fois. »

Pour Daniel Goa, le président de l’Union calédonienne et porte-parole du FLNKS, « dès le 5 novembre commence la deuxième mi-temps jusqu’en 2020, puis de 2020 à 2022 s’il faut une prolongation ». Même tonalité chez Louis Mapou, président du groupe Union nationale pour l’indépendance du Congrès : « La droite locale faisait le pari que la cause indépendantiste est en régression, ce n’est pas le cas, assure-t-il. Les uns et les autres voudraient que l’on ne parle plus des deux autres référendums mais, plus qu’avant, ils ont bien leur raison d’être. »

Les discussions qui vont s’engager prennent en effet une tout autre tournure avec ce résultat, certes confortable pour le non à l’indépendance mais plus étroit qu’espéré dans le camp loyaliste. Les indépendantistes, confortés par la très forte mobilisation de leurs partisans, notamment chez les jeunes, ne se rendront pas à la table des négociations en victimes expiatoires. L’ancien maire de Bourail, Jean-Pierre Aïfa, membre du comité des sages chargé de veiller à la bonne tenue du scrutin, estimait, lundi matin, qu’« il vaut mieux travailler avec du 43-57 qu’avec du 70-30 ».

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Clivages profonds

Pour l’heure, cependant, les dirigeants non-indépendantistes espèrent encore pouvoir faire l’économie des deuxième et troisième référendums, même s’ils ont nuancé leurs propos au regard du résultat de dimanche soir.

« Compte tenu de la participation, le résultat est incontestable, estime Mme Backès. Quel est l’intérêt des indépendantistes de reposer la question dans la mesure où, dans deux puis quatre ans, le résultat sera le même ? »M. Gomès, quant à lui, mise toujours sur le dialogue. « L’arithmétique électorale n’est pas bouleversée et les non-indépendantistes restent et resteront majoritaires, assure le député de la 2e circonscription. Mais l’arithmétique électorale a ses limites et la seule voie dans ce pays, c’est le dialogue et le consensus. Je crois qu’on doit réfléchir pour voir si on peut éviter cette nouvelle période de campagne électorale, de tensions éventuelles. »

Pour y parvenir, il faudra toutefois savoir prendre en compte les aspirations qui se sont exprimées lors de cette consultation. Les loyalistes tablaient sur un essoufflement de la revendication indépendantiste. Ils avaient probablement négligé la force du sentiment identitaire dans la communauté mélanésienne. Si les lignes ont bougé à l’occasion de ce référendum, il faudra également prendre en considération à la fois les clivages profonds qui traversent la société calédonienne et les évolutions sociologiques en son sein.

Podcasts

Festival de podcasts : dix émissions incontournables sélectionnées par la rédaction

Musique, économie, voyages… la rédaction partage ses coups de cœur éclectiques à l’occasion de la première édition du Paris Podcast Festival.

LE MONDE |  • Mis à jour le  |

Les podcasts envahissent la scène. Un premier festival de ces contenus audio diffusés sur Internet, avec un succès grandissant, se déroule de vendredi 19 à dimanche 21 octobre, à Paris. Cette première édition du Paris Podcast Festival est organisée à la Gaîté-Lyrique. Au programme : écoutes en avant-première, enregistrements en public, rencontres et ateliers avec des créateurs, tables rondes et conférences.

Un jury professionnel décernera également des prix dans cinq catégories : fiction, documentaire, création sonore et musicale, conversation, francophonie. Enfin, le public désignera son propre lauréat. La rédaction du Monde partage ses coups de cœur éclectiques et forcément subjectifs de podcasts pour toutes les envies.

  • Voyages : « Les Baladeurs »

Par Les Others ; toutes les deux semaines ; durée : 30 minutes ; écouter

Si vous avez des envies d’ailleurs, ce podcast peut être dangereux. C’est plus qu’une invitation au voyage, c’est un départ. On y suit une surfeuse dans les vagues géantes de Nazaré, un photographe animalier sous les aurores boréales du Grand Nord, un cycliste lancé péniblement sur les 1 300 kilomètres de la plus haute route du monde, entre la Chine et le Pakistan… Un concentré d’aventures dépaysantes contées avec talent et passion, où l’on apprend autant pourquoi il est important de savoir faire une bonne mayonnaise que comment dormir au mieux le long d’une paroi glacée à la frontière sino-kirghize. Si, si, ça peut être utile.

  • Témoignages : « PMA hors la loi »

Par France Culture ; six épisodes ; durée : 28 minutes ; écouter

Adila Bennedjaï-Zou, célibataire de 43 ans, n’a pas le droit de concevoir son enfant par procréation médicalement assistée (PMA). Elle va défier la loi. Et raconter son aventure dans un podcast en six épisodes. Elle en fait une sorte de journal intime dans lequel elle raconte son parcours chaotique pour faire un bébé toute seule, en y mêlant les témoignages poignants d’autres femmes et d’autres couples.

  • Jardins : « Bons plants »

Par Binge Audio et Upian ; toutes les deux semaines ; durée : 20 minutes ; écouter

Interroger notre rapport à la nature en ville. C’est le projet du podcast Bons plants, réalisé par le journaliste Thibaut Schepman, qui a lancé au début d’octobre la deuxième saison de ces balades sonores bimensuelles. Dans des épisodes d’une vingtaine de minutes, le journaliste peint le portrait de « gens qui jardinent avec une approche intéressante, un parcours particulier et un sens écologique », confiait-il récemment à Libération. Lors de la première saison, on a ainsi découvert et entendu, les poules de Sonia, les oiseaux de Serge, le microjardin de Joseph… Pour cette nouvelle saison, le projet est aussi de proposer des émissions thématiques, avec une émission de lancement sur le compost en ville, agrémentée de conseils pratiques.

  • Egalité femmes-hommes : « Un podcast à soi »

Par Arte Radio ; onze épisodes ; durée : 50 minutes ; écouter

« Pourquoi êtes-vous devenue féministe ? » C’est avec cette question que la journaliste Charlotte Bienaimé a ouvert ce podcast au titre très « woolfien » il y a déjà un an, afin d’interroger les notions de genre, d’égalité et de féminismes tous les premiers mercredis du mois. En 2017, le premier podcast posait la question du « sexisme ordinaire en milieu tempéré ». Un an et une dizaine d’épisodes plus tard, après la vague salvatrice du mouvement #metoo, la journaliste choisit d’aborder le problème des difficultés de la justice face aux violences faites aux femmes.

  • Nostalgie : « Stockholm Sardou »

Par Stockholm Sardou ; toutes les deux semaines ; durée : 1 h 30 ; écouter

Les Anglo-Saxons ont leurs podcasts sur David Bowie ou Michael Jackson, la France a son podcast d’obsédés de Michel Sardou. Car, qu’ils le veuillent ou non, tous les Français sont des enfants de celui que le duo de présentateurs appelle tendrement « Michel ». Il y a quelque chose d’étrangement obsessionnel, de quasi-dada, à disséquer ainsi l’interminable discographie du chanteur des Lacs du Connemara, mais on aurait tort d’y voir une simple posture ironique, tant Stockholm Sardou déborde d’amour et d’érudition.

  • Récit : « Transfert »

Par Louie Média pour Slate.fr ; toutes les deux semaines ; durée : 30 minutes ; écouter

Il y a forcément eu un moment, dans votre vie, qui a changé votre façon de voir les choses, ou vous-mêmes. Dans chaque épisode de Transfert, une personne vous raconte sans filtre cet événement, anodin ou extraordinaire, souvent passionnant, qui pousse toujours à réfléchir.

  • Musique : « The Undersiders »

Par Engle ; huit épisodes ; durée : 20 minutes ; écouter

Comment les barons de la drogue ont influencé le rap américain dans les années 1980-1990 à Los Angeles, New York, La Nouvelle-Orléans… Huit épisodes de vingt minutes environ, voix un peu caricaturale, mais ambiance Scarface, coke and rap, gros deal, coups bas, meurtres, prison, rédemption. Bref, les cadors du rap actuel (Jay-Z, Eminem, Dr Dre, Suge Knight and Co…) ont tous côtoyé de près ou de loin les gros bonnets de la drogue (Michael Harris aka « Harry O. », Calvin « Klein » Bacote, Kenneth « Supreme » McGriff, etc.).

  • Cultures afro : « Le Tchip »

Par Binge Audio ; toutes les deux semaines ; durée : 45 minutes ; écouter

Afroculture, afroféminisme, appropriation culturelle, vous êtes familiers ? Si oui, ce podcast est pour vous. Si ce n’est pas le cas, ce podcast est aussi pour vous. Mèl, Kévi et François explorent les cultures noires, et c’est passionnant.

  • Actu éco : « Splash »

Par Nouvelles Ecoutes ; toutes les deux semaines ; durée : 25 minutes ; écouter

OK, c’est fait par un prof d’éco. Mais donnez-lui une chance : il explique simplement les questions qu’on se pose tous et auxquelles personne ne répond. Pourquoi le cannabis n’est pas légal ? Les labos pharmaceutiques font-ils de l’argent sur le dos des malades ? Etienne Tabbagh explique.

  • Romance : « L’Amour à Groix »

Par Radio Monobloc ; un épisode ; durée : 32 minutes ; écouter

« Voilà, la petite histoire. » Port-Lay, sur l’île de Groix, au large de Lorient, est connu pour être le plus petit port d’Europe. C’est aussi un endroit un peu magique où, à toutes les époques, des gens qui n’avaient aucune raison de se croiser se sont rencontrés et, parfois, sont tombés amoureux.

C’est ce qui s’est passé pour les parents d’Amélie Perrot, qui revient dans ce podcast du collectif Radio Monobloc sur les lieux auxquels elle doit d’être née. Elle y découvre qu’elle n’est pas la seule personne dont l’existence est intimement liée à celle de ce minuscule port breton.