Contrôle d’identité, police et racisme

Source: https://www.lemonde.fr/police-justice/article/2020/07/16/les-discriminations-ethno-raciales-actuelles-en-matiere-de-controle-d-identite-s-ancrent-dans-l-apres-guerre-d-algerie_6046393_1653578.html

« En matière de contrôle d’identité, les discriminations ethno-raciales s’ancrent dans l’après-guerre d’Algérie »

Historien de la police, Emmanuel Blanchard retrace la généalogie de cette pratique policière controversée et l’héritage dans lequel s’ancrent, selon lui, les contrôles au faciès.

Défendus par les policiers mais contestés au sein d’une partie de la population, les contrôles d’identité font régulièrement parler d’eux pour les pratiques abusives et discriminatoires auxquelles ils peuvent donner lieu – les contrôles au faciès –, et pour les violences policières dont ils sont parfois à l’origine.

Maître de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines et coauteur de Histoire des polices en France : Des guerres de religion à nos jours (Belin, 2020), Emmanuel Blanchard revient sur l’historique de cette pratique policière controversée et sur l’héritage dans lequel s’ancrent, selon lui, ses dérives.

A quand remonte la pratique du contrôle d’identité ?

Emmanuel Blanchard : Le contrôle des personnes mobiles et considérées comme étrangères à un espace donné est au fondement du travail de police. Sous l’Ancien Régime, les vérifications d’identité portaient avant tout sur les déplacements de diverses catégories de « pauvres hères » (mendiants, pèlerins, vagabonds, journaliers…). C’est dans la deuxième moitié du XIXe siècle que l’extranéité et la « mauvaise mine », selon les mots de Victor Hugo, ont de plus en plus été associées à la nationalité.

La création de la première carte d’identité d’étrangers en 1917 marque un tournant dans l’emprise de l’Etat sur ces derniers. Les opérations massives de vérification d’identité, considérées comme des « rafles » par les défenseurs des libertés publiques, se concentrent de plus en plus sur les étrangers dits « indésirables » – une catégorie qu’on retrouve dans de nombreux textes des années 1930.

Ces descentes de police ou le « bouclage » de quartiers entiers, qui peuvent aussi concerner des prostituées, des vagabonds, des homosexuels, étaient généralement accompagnés de conduites au poste et de vérifications approfondies d’identité qui pouvaient durer plusieurs heures, voire une nuit ou une journée entière. L’absence de titre unifié d’identité et d’obligation de port de documents d’identification obligeait, en fait, à vérifier fichiers et registres dans l’enceinte même des commissariats, expérience que connaissaient aussi les manifestants interpellés, parfois de manière préventive, pour « troubles à l’ordre public ».

Les choses ont-elles changé à la Libération ?

A la Libération, la mémoire de pratiques policières ayant contribué à l’extermination de plus de 75 000 juifs de France aurait pu durablement discréditer les arrestations au faciès. Le souvenir en est, d’ailleurs, rappelé par des associations comme le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples, qui s’oppose aux « rafles » et autres contrôles au faciès.

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